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RAÄVENA
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Je n'étais pas certaine de comprendre, mais j'ouvris le sac et ce que j'y vis me fit écarquiller les yeux. J'attirai l'attention des autres et réveillai Valaine assez brutalement. Ils ne pouvaient pas passer à côté de quelque chose ainsi. Il contenait cinq flacons de sang et j'étais persuadée que ce n'était pas du sang animal puisqu'il nous avait demandé de nous dépêcher. Je distribuai une fiole à chacun de mes homologues, ils les débouchèrent et l'odeur du sang se répandit. J'en frissonnai vivement et une chair de poule courut sur chacun de mes membres. Depuis combien de temps n'avais-je pas humé cette odeur ? J'en salivai alors que mon cœur cognait à tout rompre dans ma poitrine, mes yeux se mirent à luire au moment où je portai le récipient à mes lèvres pour en ingurgité le liquide carmin. Un gémissement de plaisir m'échappa, ce fut plus fort que moi. Ce plaisir que je ressentis en buvant ce sang n'avait pas de prix.
Je sentis tout mon corps se réchauffer, mes sens semblaient en effervescence. Lorsque je posai les yeux sur mes semblables, ils paraissaient tous dans le même état d'euphorie que moi. Et tous avaient repris des couleurs, cela se voyait au premier coup d'œil. Leur peau était moins terne, leurs cheveux plus soyeux et brillant, c'était autre chose que de boire du sang animal. Nous fûmes cependant arrachés à ce doux moment par la voix de notre bienfaiteur.
— Je sais que c'est plaisant, mais reprenez-vous et remettez tout cela dans le sac.
Je rouvris l'objet en tissu et laissai les autres y ranger leur flacon, j'en fis de même avant de le rendre à l'inconnu. Même si une question me brûla les lèvres et je ne pus m'empêcher de la poser.
— Pourquoi vous faites ça ?
Il planta ses iris bleu pâle aux pupilles verticales dans le mien et je compris.
— Vous êtes un hybride.
Ce n'était pas une question, mais bel et bien une affirmation. Ses yeux le trahissaient, et, en y regardant de plus près, bien d'autres détails. Ses oreilles pointues et sa peau mate également. Les elfes avaient, tous, une peau d'albâtre d'ordinaire, comme la majorité des vampires. Si ce n'était pas le cas, cela était forcément dû à un métissage, ou une transformation, et lui, il devait avoir un parent anubia, les habitants du sud de Yiheon. Cependant, son odeur le trahissait bien plus encore. Je le vis soupirer alors qu'il rangeait le petit sac dans un plus grand.
— Difficile de le cacher, fit-il en remontant ses lunettes rondes sur son nez.
— Vous avez un parent vampire ?
— Non, enfin ma mère était un hybride elfe-vampire, donc je suis très dilué, mais ça ne m'empêche pas de vous considérer comme des miens.
Il avait dit cela très doucement pour que personne à part eux ne l'entende. Je soupirai discrètement. Les hybrides, des bâtards le plus souvent produits des viols de maîtres sur leurs esclaves ou parfois, dans de cas exceptionnels, d'amours interdits. La plupart de ces enfants étaient tués à leur naissance pour dissimuler les écarts des nobles ou de la classe moyenne — les gens pauvres n'avaient pas d'esclaves. Pour les rares qui survivaient, ils devaient demeurer cachés pour ne pas être abattus comme des chiens et étaient, bien souvent, des assassins ou des mercenaires. Mais lui... il n'avait l'air ni l'un ni l'autre.
— Ils vous laissent vivre avec eux ? l'interrogea Qadir.
— Comme vous pouvez voir, même si je sens bien la différence de traitement parfois. Cependant, je suis intelligent et compétent, cela suffit à Aolis pour me permettre de vivre parmi les siens.
Je n'avais pas pu m'empêcher de tiquer au moment où il avait mentionné le roi. J'étais incapable de rester complètement de marbre lorsqu'il s'agissait de lui. Je secouai légèrement la tête, ce geste fit onduler mes mèches obsidiennes, pour chasser l'image du souverain elfique de son esprit.
— D'ailleurs, où est-ce que vous allez comme ça et quel est ton nom ? demandai-je à mon tour.
— Je m'appelle Erzaren et nous nous rendons au temple de Thuaris pour l'honorer.
Ah ! Voilà quelque chose qui allait être compliqué pour moi, je vénérais Esris et non Thuaris. Esclave ou pas, je n'avais jamais trahi mes croyances. Je ne prierais pas une autre déesse que la mienne, même si je n'avais jamais manqué de respect à Thuaris. Il fallait donc espérer que nous ne soyons pas forcés à devoir participer aux festivités. Je jetai un coup d'œil aux autres vampires, ils n'avaient pas de réactions particulières, suivant silencieusement l'échange.
— Et actuellement, où allons-nous ?
— Tu m'as l'air bien curieuse, sang pur.
Je me contentai de hausser les épaules, rien ne l'obligeait à me répondre après tout. Je m'installai plus confortablement pour que le reste du trajet me soit le plus agréable possible.
— Nous chevauchons en direction de la colonie mère des ashias.
— Je vois, lui répliquai-je de façon détachée.
Les ashias, cela faisait belle lurette que je n'en avais pas vu. Enfin, la chance m'avait été donnée de voir ces créatures une seule fois dans ma longue existence et de loin. Je ne savais donc pas vraiment ce que je devais en penser. Peut-être aurais-je l'occasion de me faire une idée plus claire cette fois ? Je laissai ma tête aller vers l'arrière et ferma les yeux.
— Au fait, lançai-je à l'intention d'Erzaren, mon prénom c'est Raävena, pas sang pur. Tâche de t'en souvenir ou je me ferais un plaisir de t'appeler hybride.
On pouvait penser que j'étais folle de m'adresser ainsi à lui, allant jusqu'à mettre de côté le vouvoiement, mais elle savait qu'il ne dirait rien. Ce serait suicidaire de sa part, après nous avoir donné du sang en cachette, pas vrai ?
***
Je ne sus combien de temps le trajet dura exactement, mais la fatigue l'avait emporté sur tout le reste. Même si nous avions été nourris, ce n'était pas assez pour lutter contre le manque de sommeil de la nuit précédente. Je ne m'attendais cependant pas à brutalement heurter le sol en guise de réveil, j'entendis le bruit de mes dents claquer entre elles, la surprise me tira un petit cri de douleur. Douleur qui migra vers mon cuir chevelu lorsque je fus empoignée par là par un des soldats.
— Lève-toi, espèce de parasite et retourne à ta place, grogna-t-il avec mépris.
À peine remise sur pied qu'il me poussa dans le but que je rejoigne les autres dans la carriole. Bon sang, avais-je dormi si longtemps pour qu'on fasse halte ? Mais la clarté environnante se chargea de m'apporter la réponse : non. Donc, pourquoi s'arrêter ? Je tendis l'oreille dans le but de capter des informations, mais cela se révéla être une tâche ardue lorsque l'on se trouvait en queue de peloton. Heureusement, Erzaren qui n'avait pas rejoint l'avant du groupe demanda des renseignements sur ce qu'il se passait.
— Des arbres se sont écroulés et bloquent le chemin, lui apprit l'un des soldats. Il nous faut faire halte le temps que la voie soit dégagée.
C'était donc ça. Un soupir glissa entre mes lèvres alors que je m'apprêtais à regagner sa place initiale. Mais je n'en eus pas l'occasion, je fus saisie par derrière et traînée de force, parmi la foule, jusqu'en tête du cortège. Là, je fus jetée devant les pieds de quelqu'un. Relevant les yeux, je tombai sur le beau visage de la sœur du souverain qui me fixait avec un petit rictus moqueur. Elle me présenta alors l'un de mes membres dénudés calmement. Que voulait-elle, que je les embrasse ? Même s'il se dégageait de cette femme une odeur particulièrement agréable, je n'avais aucune envie de poser ma bouche dessus aussi propre soit-elle.
— Mes pieds sont endoloris, masse-les-moi, enjoignit-elle d'une voix mielleuse.
Oh, ce n'est que ça.
Je me redressai pour m'asseoir sur mes talons alors que mes doigts tatoués s'enroulèrent autour du pied offert. Je me mis donc à malaxer avec vigueur, mais sans que cela soit pour autant douloureux. La dernière chose dont j'avais besoin était de m'attirer les foudres de la sœur du souverain elfique. Mais le soupir que j'entendis de la part de cette dernière me confirmait que je faisais cela bien. Pourtant un long frisson me prit au niveau de la nuque, je me sentis observée et j'eus une petite idée de qui était derrière cela.
— Aolis, pourquoi la fixes-tu de cette manière ? Je ne suis pas en danger, elle a véritablement des doigts de fée.
— Tâche de ne pas trop t'y habituer, Edea, la rabroua son frère sur le ton de l'avertissement.
La concernée roula des yeux en détournant le regard à la suite de la remarque de son parent. Même si je la vis bientôt me mirer à nouveau du coin de l'œil. Qu'avait-elle à me fixer de la sorte ? Et cette lueur qui animait ses iris bleus... je ne parvenais pas à la décrypter. Un nouveau frisson la prit quand je vins me saisir de l'autre membre pour le masser lui aussi. Il y avait quelque chose qui clochait avec cette famille, mais j'étais incapable de savoir quoi au juste. Je cessai de bouger lorsque le pied libre de la noble frôla ma cuisse et remonta jusqu'à se glisser sous le tissu de ma tenue. Contrairement à Aolis qui n'avait eu aucun geste qui puisse laisser penser qu'il ait eu envie d'abuser de moi, ici, je ressentais clairement quelque chose de pernicieux.
Je ne me départis pourtant pas de mon calme, je plissai subtilement les paupières et vins soudain m'emparer de la cheville de l'elfe qui m'aguichait. Mais ce geste n'avait pas pour but de l'arrêter, non, je fis discrètement remonter le bout de mes doigts le long de son mollet. Je vis sa peau se couvrir de chair de poule pour mon plus grand plaisir. J'observai les lèvres roses d'Edea s'entrouvrir avec l'intention d'articuler quelque chose, mais elle n'en eut pas la possibilité quand un cri troubla la tranquillité commune. Tous les regards se tournèrent en direction de la provenance du son et ceux en tête d'escorte purent assister à une scène inexplicable. Des loups venaient d'attaquer avec véhémence les soldats occupés à dégager la route. Les loups n'agressaient normalement pas les gens, alors voir l'un de ces animaux les crocs enfoncés dans la chair de la jambe d'un de ces elfes laissaient la totalité des témoins cois.
Nous fûmes arrachés à cet étrange spectacle lorsque certaines des bêtes s'élancèrent dans notre direction. Cela provoqua une légère panique parmi les rangs, les elfes étaient des êtres intelligents et naturellement calmes, mais ils n'étaient pas immunisés à la peur, surtout qu'il y avait des jeunes avec eux. Les mères de famille eurent comme premier réflexe de protéger leur progéniture en les prenant dans leur bras ou en les poussant pour qu'ils courent et s'éloignent le plus possible de ces bêtes enragées aux babines dégoulinantes d'hémoglobine. Mais ce n'était que des loups, pas des guerriers, ils eurent vite fait d'être stoppés dans leur folle chasse. Les épées tranchèrent la chair et le sang jaillit pour recouvrir le sol de sa teinte semblable à celle de mes yeux qui ne purent se détacher de ce spectacle.
Quelque chose de chaud et poisseux souilla mon visage alors qu'une sensation d'humidité tiède se déposa sur ma peau. Je ne fis guère attention à Edea qui s'était levée brusquement en dégoisant une multitude de choses dont je n'eus cure. Je baissai le regard en direction de mes membres inférieurs ou plutôt de ce qui se trouvait juste à côté. La tête tranchée d'un des loups reposait contre moi, la gueule ouverte et pleine de sang, le tissu immaculé de ma robe se gorgeait petit à petit de pourpre. J'observai ce spectacle morbide en battant des paupières, comme si je cherchais à me réveiller d'un songe. Soudainement, une nausée violente s'empara de moi, je portai une main à mon visage pour en recouvrir toute la partie basse. Détournant la figure, je sentis mon estomac se tordre douloureusement et une remontée acide me chatouilla les amygdales. J'ouvris alors la bouche et clamai d'une voix forte, même si quelque peu étouffée à cause de la présence de ma main sur mes lèvres :
— Ça chlingue !
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Et voilà la suite ! J'espère que ça vous plait toujours, moi en tout vas je m'amuse beaucoup ! Vos retours sont toujours le bienvenu bien entendu !
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